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Les Coursiers Suzerains

Les Trois Ballons 2024

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(mis en ligne par CR)

Il est 7h quand le speaker donne le départ de ces Trois Ballons 2024. Le ciel est chargé mais il ne pleut pas. Les routes sont bien mouillées par contre et le température est assez douce (14°C).

Arrivé la veille vers 12h30, j'étais allé retirer mon package (plaque de cadre, maillot…) au village départ de Ronchamp. J'en avais également profité pour confier mon vélo au mécano sur place. Oui car juste avant de venir ici, je m'étais rendu compte d'un jeu sur ma roue arrière. Cela faisait d'ailleurs quelques sorties que j'entendais un léger bruit sans parvenir à le localiser. Après avoir démonté et ausculté mon corps de cassette et mon moyeu, le verdict était tombé : au moins un roulement était hs mais il ne pouvait rien faire sur place ! J'avais bien tenté de joindre un vélociste local mais celui-ci m'avertit qu'il voulait bien essayer de m'aider dans l'urgence mais que ce genre de réparation demandait du temps et que l'on pouvait faire plus de mal que de bien… Ne voulant pas prendre le risque de compromettre ma participation à la cyclosportive, je décidai de laisser tel quel (cela faisait bien un certain temps que je roulais comme ça !) et priai pour qu'il n'arrive rien de grave le lendemain…

Pour me rassurer, et de toutes façons c'était prévu, je suis allé ensuite rouler une vingtaine de kilomètres, histoire de me dégourdir les jambes. Je suis passé à Mélisey, le fief de Thibaut Pinot mais, le contraire eut été étonnant, je ne l'ai pas croisé…


Le jour J, logé dans un hôtel de Lure, distant d'une quinzaine de kilomètres, je me levai à 4h50 puis arrivai sur les lieux un peu avant 6h. Le temps de me préparer, moi et mon vélo, je rejoignais le sas de départ vers 6h50.


Quatre minutes après 7h, au sein d'un gros peloton multicolore et sachant parler plusieurs langues, je passe à mon tour sous l'arche matérialisant le point 0 du parcours. C'est parti !


A peine plus de deux kilomètres plus loin, un gros ralentissement ! Je vois au loin la meute qui s'écarte sur la gauche. Une grosse chute venait de se produire ! Une quinzaine de gars au sol, certains le visage en sang… C'est malheureux mais certains se prennent pour des pros qu'ils n'ont jamais été, qu'ils ne sont pas et qu'ils ne seront jamais ! Ils prennent des risques insensés pour gagner une place, veulent passer là où il n'y a pas la place de passer ! Le résultat est là ! Le pire c'est que ces ahuris ont sans doute provoqué la perte de gars qui n'avaient rien demandé à personne ! Consternant ! Bref, ayant échappé à cela, je poursuis ma route qui croisera quelques minutes plus tard celle de quatre ambulances appelées pour secourir les blessés.


C'est au bout d'un peu moins de vingt kilomètres via un long faux plat montant que nous commençons la première ascension du jour : le Ballon de Servance (9 km à 6,1 %, max 12,5 %) ! Cette montée, j'en avais gardé un souvenir douloureux. Oui car il y a 25 ans, j'avais déjà participé à cette cyclosportive mais le parcours n'était pas le même (le départ et l'arrivée était à Luxueil les bains). Douloureux car j'avais eu beaucoup de mal à franchir cet obstacle et qu'au sommet, une averse de grêle s'était abattue sur moi ! Cette fois, pas de grêle mais une légère bruine et un peu de brouillard. Les sensations, elles, sont plutôt bonnes. Je me sens mieux qu'il y a 25 ans, même s'il a quand même fallu lutter durant le kilomètre à 11 % de moyenne.


Globalement, à ce moment-là, il y a plus de gars qui me doublent que moi-même j'en dépasse mais ça ne me surprend pas car j'ai l'habitude de me bonifier avec les kilomètres. On verra plus tard… En attendant, une descente bien détrempée se présente sous mes roues. Fidèle à mes habitudes, je ne prends pas le moindre risque. J'avais eu la bonne idée de changer mes patins de frein juste avant : ils me seront d'une grande utilité tout au long de la journée !


Malgré tout, je garde un œil sur le chronomètre car il y a une barrière horaire au Thillot, après environ quarante kilomètres. Il faut y être avant 9h20 sans quoi, on vous oblige à prendre le petit parcours mais ça va, je passe avec quinze minutes de marge ! C'est ici qu'il y a aussi le premier ravito mais je décide de ne pas m'arrêter car je n'ai pas encore besoin de recharger mes bidons et côté alimentation, j'ai ce qu'il me faut avec les gels du moins pour le moment...


Direction, le col d'Oderen, le plus facile de la journée (5 km à 4,9 %, max 6,8 %), après un petit bout de vallée. Je fais une belle ascension parfois seul, parfois dans les roues mais difficile de trouver un groupe qui me convienne. La plupart vont trop vite pour moi… et pour les autres, ils sont déjà dans le dur…


Une descente et quatre kilomètres de vallée plus loin, nous nous présentons au pied du Grand Ballon via Le Markstein. La plus longue montée de la journée mais pas la plus pentue (21,6 km à 3,6 %, max 8,9 %), bref le genre de montée que j'apprécie tout particulièrement. Seulement, mon plaisir en prend un sacré coup quand je constate dès les premiers mètres que le sol est tapissé d'une couche épaisse de gravillons ! Je fulmine ! Je râle bruyamment, ce qui fait rigoler ceux qui m'entourent. Ca n'en finit pas ! Un kilomètre, deux kilomètres et toujours ces satanés gravillons ! En plus, c'est au pied que la pente est la plus raide ! J'ai la hantise de la crevaison et à un moment, j'entends un bruit qui me fait peur mais ça va c'est juste un silex qui s'était coincé au niveau du passage de roue. A d'autres moments, cela se prend également dans le dérailleur ! Trois kilomètres et le bout du tunnel, enfin ! Plus de gravillons ! Je peux lâcher les chevaux ! Et là, je me fais plaisir ! Je prends un bon rythme et je remonte les gras par grappe ! Je me sens trop bien ! Hélas, le ravito, placé au Markstein va me couper dans mon élan. Et cette fois, je suis obligé de m'arrêter pour recharger les bidons et prendre un peu de solide et de salé…


Le redémarrage est compliqué et la dernière pente pour atteindre le sommet du Grand Ballon me laisse dans le dur…


Depuis la vallée précédente, les routes sont désormais sèches et ô surprise, quelques rayons de soleil réchauffent un peu l'atmosphère. C'est pas du tout ce qui était prévu par la météo mais rien de surprenant finalement vu qu'ils sont de plus en plus souvent à côté de leurs pompes !


Depuis le Grand Ballon, une longue descente nous emmène vers Thann pour aller chercher le pied du col du Hundstruck (6 km à 6,4 %, max 11,4 %). Là, je peux profiter de nombreux lièvres et notamment deux filles néerlandaises qui me dépassent dans les faibles pentes mais que je double à mon tour quand c'est plus rude.


La descente du Hundstruck est entrecoupée par une courte remontée mais qui ne fait jamais de bien aux jambes. Après quoi, douze kilomètres de vallée nous amène à un nouveau ravito à Sewen où je m'arrête volontiers. C'est que le thermomètre affiche désormais plus de 22°C et je commence à avoir chaud ! Je m'hydrate abondamment, prend encore une fois du solide et du salé et pars à l'assaut du Ballon d'Alsace.


Une belle montée avec de superbes lacets au pied (sans jeu de mots) pour atteindre le lac d'Alfeid. Une montée exigeante aussi : 7 km à 7 %, max 13 % ! Je commence à ressentir la fatigue, je monte davantage à l'énergie mais je me dis que je suis sur des routes mythiques qui ont vu passer Poulidor, Merckx, Pingeon. Je pense à ça, je fais le dos rond et atteins le sommet (qui n'est pas tout à fait le vrai sommet, dommage…).


Je me lance alors dans la descente qui offre au début de belles vues sur la vallée mais qui montre également que le ciel est en train de se noircir, ce qui n'augure rien de bon… En attendant, la mécanique de mon vélo se rappelle à moi… En roue libre, ma chaine se met à taper sur les haubans ! Sans doute un effet secondaire de mon souci à ma roue arrière… Le moyeu est en train de rendre l'âme, il est temps que j'en termine !


La descente achevée, une vallée mal plate d'un peu moins de vingt kilomètres nous amène au dernier ravito de la journée, à Plancher-les-Mines et le pluie commence à tomber. D'abord doucement puis très franchement ensuite… Inutile d'espérer que ça passe alors que je suis abrité sous la tente du ravito, il faut repartir comme ça, tant pis !


Il ne reste pas grand-chose à faire, moins de dix kilomètres mais c'est le feu d'artifice qui s'annonce, le bouquet final, là tout proche ! Sur des routes détrempées, je tourne légèrement à droite, il reste 5,5 kilomètres et elle est là, face à moi, terrible, indigeste, la Planche des Belles Filles ! Une montée devenue légendaire ces dernières années sur le Tour, l'Alpe d'Huez des Vosges !


Alors que je suis dans le dur sur des pentes à 13 % dès le pied, que les panneaux annoncent prochain kilomètre à 11 % de moyenne, puis à 10,5 %, puis à 9,5 %, j'ai déjà en tête les tout derniers mètres, les 200 derniers à 24 % !!!!! Je me persuade que ça va le faire, que c'est pas plus dur que Gazonfier, que je l'ai déjà fait plein de fois, que j'ai interdiction de poser le pied à terre sans quoi il me sera impossible de remonter sur le vélo vu la pente ! Et voilà, après une légère descente, après un virage en épingle sur la droite, le mur est devant moi ! Dans les premiers mètres, j'entends un gars derrière avec la roue qui patine sur le sol glissant. Je serre les dents, je m'applique, je répartis mon poids sur le vélo pour ne pas subir la même mésaventure. Je jette mes dernières forces ! Je vois la ligne d'arrivée là haut qui se rapproche petit à petit. Un coup d'œil sur mon compteur : 6 km/h ! J'entends le speaker de plus en plus précisément ! Je vais y arriver ! Je vais y arriver ! Je vais y arriver ! La pente se radoucit un peu, j'ai fait le plus dur, il ne peut plus rien m'arriver !


La ligne ! Elle est là ! Super ! La médaille de finisher aussi ! Trop content ! Le bonheur ! Le-bo-nheur ! On en bave mais quelle joie, quelle fierté quand on vient à bout de ce genre d'épreuve. C'est pour ces moments-là que je m'entraine toute l'année par tous les temps et ça en vaut vraiment la peine !


L'émotion retombée, la médaille autour du cou, le repas d'arrivée ingurgité, il me fallait retourner à la voiture, un peu plus de 20 km plus loin mais tout en descente, franche d'abord puis en faux plat ensuite. Et la chaine de nouveau vint taper le hauban dès que j'étais en roue libre. En serrant les freins, cela devait stabiliser la roue arrière et cela calmait le phénomène. Il était vraiment temps que j'arrive…


Maintenant, un break d'une semaine pour ensuite commencer un second cycle qui va m'amener dans 7 semaines sur la Châtel Chablais Léman Race puis du côté du Mont Ventoux pour mes vacances.


Vivement la prochaine !

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03/06/2024
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