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Les Coursiers Suzerains

Souvenez-vous - Episode 4 - Christophe (Jaja) - Le Tour de France inachevé

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(mis en ligne par CR)

 

(Je n'ai pas encore retrouvé les photos mais dès que je remets la main dessus, je mets à jour)

 

En 1992, j’allais bientôt avoir 18 ans, j’allais passer mon bac de français (12 à l’écrit, 13 à l’oral) et je faisais du vélo depuis déjà quelques années. Oh, pas encore dans un club mais seul, pour mon plaisir personnel, pour imiter mes idoles (Fignon, Chiappucci) et mon père (fervent passionné de la petite reine) qui outre le vélo qu’il pratiquait au quotidien et par tous les temps (facteur), s’adonnait au cyclisme le dimanche (seulement par beau temps) avec quelques copains.

 

Mon terrain de jeu d’alors était la Seine-et-Marne dès lors que j’avais pu m’extraire de la dense circulation de Seine St Denis, département où je résidais depuis mes premiers jours.

 

Il m’arrivait bien sûr de rouler avec mon père, notamment durant les vacances d’été où nous avions pu les années précédentes nous confronter dans des régions comme la Sarthe, le Var (Mont Farron, Mont Caume, Col de l’Espigoulier) et la Haute Savoie (col de la Colombière, col des Aravis, col de Joux Plane).

 

En 1992 cependant, les vacances de juillet allaient prendre une tournure différente. En effet, l’hiver précédent, alors que mon père me narrait son aventure à vélo lorsqu’il avait effectué vers 16-17 ans Paris-Rouen comme ça sur un coup de tête, je lui soumis l’idée d’un tour de France à vélo, tous les deux ! Je lui expliquai que j’allais m’occuper de préparer le parcours, les étapes et que je lui laissais bien entendu les parties « finance » et « logistique » d’une telle aventure. Il n’a pas hésité longtemps !

 

C’est tout excité que je me mis rapidement à l’élaboration du parcours. Des étapes de 110 km à 150 km avec une plongée quasi directe vers les Pyrénées depuis Bobigny puis virage vers la Provence avant de remonter vers Paris via les Alpes et la Bourgogne. Seulement, rien n’allait se passer comme prévu…

 

Nous devions partir le même jour que le vrai Tour de France (qui faisait cette année-là un petit tour d’Europe en guise de clin d’œil à la CEE et aux accords de Maastricht) mais il pleuvait… et mon père et la pluie ne faisaient pas bon ménage ! Nous pûmes donc assister, devant la télé, au prologue de San Sebastian ainsi qu’à la première étape puisqu’il pleuvait encore le dimanche.

 

Mais le lundi 7 juillet, c’était parti ! Enfin ! Le tout début de la première étape n’a pas respecté le parcours prévu que j’avais donc élaboré sur carte. Mon père qui connaissait cette partie de la région parisienne comme sa poche avait pris les choses en main et nous avait fait prendre de nombreux raccourcis afin de sortir au plus vite du KO de la banlieue parisienne.

 

Ces premiers tours de roue étaient un peu compliqués pour ma part. Je n’étais pas dans l’allure et j’avais clairement du mal à suivre mon père qui roulait, comme à son habitude, la tête dans le guidon. Je dus tempérer ses ardeurs en lui rappelant qu’on avait plus de 3000 km à faire et qu’on n’y arriverait pas, en tout cas pas moi, à ce rythme-là ! M’a-t-il entendu ? Sont-ce les côtes de l’Essonne qui ont fait leur effet ou bien était-il si pressé de quitter la petite couronne ? Toujours est-il que la seconde moitié de cette étape allait m’être bien plus digeste. En effet, je pus enfin prendre des relais et même le distancer parfois mais sans le vouloir, quand la pente se redressait.

 

Un mot sur la logistique. Nous avions nos vélos habituels sans aucun équipement particulier de randonnée au long cours. Aventuriers ou inconscients ? Notre linge de rechange et les quelques accessoires réduits au strict minimum (surtout pour moi), nous les transportions dans des sacs à dos : 7,5 kg en ce qui me concerne et pas loin de 14 kg pour mon père ! Le midi, on mangeait dans des routiers ou des petits restos, le soir on allait à l’hôtel.

 

Notre premier point de chute fut la localité de Voves, au sud de Chartres, après 126 kilomètres effectués la plupart du temps avec un vent défavorable. Vingt-huit ans plus tard, j’avoue ne pas bien me souvenir de l’hôtel qui nous avait accueillis mais je crois ne pas me tromper en indiquant que nous n’avions pas mis longtemps à trouver le sommeil…

 

Le lendemain, après un bon petit déjeuner, nous étions repartis sous un beau soleil mais avec un vent encore bien présent. D’autant plus que se profilait devant nous la Beauce et ses plaines plates comme la main. J’en garde encore aujourd‘hui une image très précise : des champs à perte de vue sans la moindre aspérité ! Moi, qui avais un fort penchant pour la grimpette, on ne pouvait pas dire que j’étais sur mon terrain favori. En revanche, mon père lui, avec ses qualités de rouleur, était comme un poisson dans l’eau ! C’est donc tout naturellement que je lui laissais assurer l’essentiel des relais. Une autre image marquante de cette seconde étape : le franchissement de la Loire. Mon père exulta : « Ah ! On va vers le beau temps ! ». Lui qui avait souvent pédalé sous des trombes d’eau durant son activité de facteur ne jurait que par le soleil…

 

Quelques semaines plus tôt, j’étais venu avec ma classe de première S visiter le château de Chambord et j’avais trouvé alors que les routes environnantes étaient vraiment sympathiques, bordées par de somptueuses forêts. J’avais donc choisi de faire passer le parcours de notre Tour par ici. Quand nous pénétrâmes dans ce secteur, une force venue d’on ne sait où me poussa à accélérer l’allure. 28, 30, 32, 34 km/h ! Mon père restait bien calé dans ma roue. Nous devions alors faire étape à Chambord mais nous n’avons rien trouvé dans notre budget. Aussi, nous prolongeâmes de quelques kilomètres et c’est à Cour-Cheverny que notre deuxième étape s’achevait avec 134 kilomètres au compteur.

 

L’hôtel, cette fois, je m’en souviens ! Un hôtel plutôt haut de gamme et mon père s’empressa de m’avertir que ce ne serait pas tous les soirs comme cela… Je me souviens de la chambre qui comprenait une partie en mezzanine. Partie que j’allais occuper. Moi, dès qu’il s’agit de grimper quelque part, je suis toujours partant !

 

La troisième étape allait nous amener à La Souterraine, au nord de Limoges après avoir effectué 172 kilomètres. C’est durant cette étape que j’appris, par l’intermédiaire de ma mère, mes résultats du bac de Français. Plutôt satisfait car j’étais l’un des seuls à avoir des points d’avance dans ma filière scientifique.

 

Au cours de cette étape, les paysages avaient  commencé à changer. On était encore loin de la montagne mais les côtes devenaient plus longues, ce qui n’était pas pour me déplaire. Cela dit, la longueur de cette étape eut pour effet de me vider totalement le réservoir et c’est à l’agonie que j’achevais les derniers kilomètres. Je me souviens, et mon père ne l’a pas oublié non plus, qu’aux abords de l’arrivée, je m’étais étendu sur la route de tout mon long et les bras en croix ! Je n’en pouvais plus !

 

Nous allions échouer dans un hôtel routier. Rien à voir avec le standing de la veille, l’hygiène y était même douteuse mais j’allais pouvoir bien récupérer car nous allions rester bloqués ici trois nuits et deux jours ! Eh oui, il s’était mis à pleuvoir ! Et pour mon père, hors de question de rouler sous la pluie… Ces deux journées à l’arrêt forcé figurent parmi les plus longues journées de ma vie ! Je n’avais qu’une hâte : quitter les lieux au plus vite !

 

Ce fut enfin chose faite le samedi, en fin de matinée seulement, car la pluie n’avait cessé jusque-là. Les routes étaient encore mouillées, ce qui avait pour effet de bien faire râler mon père, mais au moins, nous avions repris notre Tour et le chaud soleil n’allait pas tarder à nous accompagner de nouveau et à sécher l’asphalte. Avec un départ aussi tardif, c’est une courte étape que nous avions faite ce jour-là avec seulement 98 kilomètres mais j’ai souvenir que nous n’avions pas amusé la galerie… Et c’est à Piégut en Dordogne que nous avions atterri. Un peu par hasard, il est vrai…

 

Il ne devait être pas loin de 19h et il était grandement temps de trouver où dormir. Seulement, nous étions un peu au milieu de nulle part. Nous avions alors demandé à quelques personnes qui se trouvaient là s’ils savaient où nous pourrions aller. L’une d’entre elles nous indiqua alors approximativement le chemin d’un hôtel que nous n’avons jamais trouvé. Par contre, en route, nous vîmes un panneau indiquant la direction d’un hébergement perdu au beau milieu d’une forêt. Sans doute, le plus joli, le plus improbable, le plus calme, le plus reposant des endroits que nous pu fréquenter tout au long de cette aventure. Ce n’était pas un hôtel mais une sorte de groupement de petites maisons au sein d’un merveilleux espace… Cerise sur le gâteau, la présence de guitaristes le soir durant le repas. Un excellent souvenir !

 

Après une belle et douce nuit, nous remontions sur nos vélos pour traverser la Dordogne via Périgueux et Bergerac. Deux ans plus tard, le Tour de France, le vrai, emprunterait exactement les mêmes routes que nous lors d’un contre la montre individuel mais en ce 13 juillet 1992, c’était bien mon père et moi qui étions à l’ouvrage. Des paysages encore une fois magnifiques, l’odeur des Pyrénées qui se faisait de plus en plus vivace, les longues bosses, les premiers lacets, tout cela me comblait de bonheur. Nous avions roulé lors de cette étape quelques kilomètres avec un cyclo, équipé d’un vrai vélo de randonneur avec ses sacoches de tous les côtés, qui nous raconta qu’il faisait tous les ans la traversée de Pyrénées en alternant le sens de parcours. Nous voyant avec nos sacs sur le dos, il nous promit de belles souffrances et nous souhaita un bon courage.

 

Nous arrivâmes alors à Eymet, dans le Lot-et-Garonne. Terme supposé de notre étape du jour. Seulement, pas moyen de trouver un hôtel disponible. En effet, nous étions la veille de la fête nationale et soit tout était complet, soit le gérant était occupé aux différentes festivités. Quelques kilomètres plus loin, nouveau village et nouvel échec ! Mes jambes commençaient à se faire lourdes car bien qu’adorant le vélo, moralement c’est toujours compliqué de devoir continuer à pédaler alors que l’on se croit arrivé après une journée bien remplie. Pourtant, il fallait bien trouver quelque chose car nous ne tenions pas à dormir dehors. Nous ajoutâmes dix nouveaux kilomètres pour finir à Miramont. Là, nous tombâmes sur un gérant d’hôtel qui appréciait le vélo et qui était un peu épaté par ce que nous étions en train de faire. Aussi, bien qu’il devait quitter l’hôtel pour se rendre aux festivités du village, il accepta de nous héberger et nous donna tout bonnement les clés de son établissement ! Ouf ! 166 km avaient été effectués…

 

Le 14 juillet, jour de fête nationale, pas de repos pour nous mais sixième étape au programme avec la traversée du Lot-et-Garonne et du Gers. Le chaud soleil du Sud-Ouest nous accompagnait et il était très agréable de rouler de bon matin alors que l’après-midi, la chaleur était plus pesante. Le Gers, ah le Gers ! Département pour les gourmands, pour les gourmets, pour les cyclistes aussi. Toutefois, si vous parlez du Gers à mon père, pas sûr qu’il vous réponde avec le sourire… En effet, il ne garde pas de notre passage sur les terres de D’Artagnan un merveilleux souvenir.

 

Depuis que nous étions partis de Bobigny, nous n’avions déploré aucune crevaison. Ni lui, ni moi. Près de 1400 kilomètres à nous deux et rien ! Ce qui pour l’époque relevait quand même d’une belle réussite. Sitôt le panneau du Gers franchi, mon père creva une première fois. On s’arrêta, il changea la chambre, nous repartîmes et quelques kilomètres plus loin, rebelote ! Nouvelle réparation mais ce n’était pas fini… A quelques kilomètres de l’arrivée, de nouveau à plat ! Il termina en regonflant régulièrement le pneu jusqu’à Plaisance après avoir effectué 150 km dans la journée. Je vous passe les détails sur l’humeur de mon père… Il put se consoler le lendemain matin avec un petit déjeuner dantesque façon Sud-ouest ! Mes papilles et mon estomac s’en rappellent encore...

 

A l’entame de la septième étape, on pouvait sentir les Pyrénées toutes proches ! J’en salivais d’avance ! D’ailleurs, il n’y avait qu’à projeter le regard vers l’horizon pour apercevoir la chaîne de montagnes qui se dressait au loin. Mais avant d’en découdre avec ces routes de légende, il y avait encore quelques kilomètres à parcourir. Pour quitter au plus vite le Gers (pour mon père), pour entrer dans les Pyrénées Atlantique, pour traverser Pau en passant sur les routes du Grand Prix de Formule 3 et pour s’arrêter à Larruns après 106 kilomètres, au pied du col de l’Aubisque.

 

Cette fois, pas d’hôtel mais un gîte chez l’habitant. Une dame d’un certain âge qui nous avait entendus à l’office de Tourisme chercher un hébergement, nous avait proposé son logis. Et ma foi, nous n’avions pas été déçus.

 

Mardi 16 juillet, ça y était ! Nous y étions ! La montagne ! Là où se sont écrites les plus belles pages de l’histoire du Tour de France ! Le ciel était gris voire menaçant mais pour une fois, cela n’avait pas découragé mon père. Peut-être était-il tout aussi impatient que moi de poser ses roues là où les forçats de la route avaient ouvert la voie, là où Anquetil avait eu une digestion difficile, là où Merckx avait mis KO tous ses adversaires, là où Hinault avait mis des nœuds dans le cerveau de Lemond.

 

A Larruns, pas d’échauffement, on entre tout de suite dans le vif du sujet même si les premiers pourcentages vers Eaux-Bonnes ne sont pas les plus difficiles. Et dès les premières centaines de mètres d’ascension, je distançai mon père inexorablement. Rappelez-vous, à sa décharge, il avait quatorze kilos sur le dos quand je n’en avais que sept. D’ailleurs, depuis notre départ de région parisienne, régulièrement il avait eu besoin de se soulager le dos en enlevant le sac quelques instants. Une fois même, nous avions, à sa demande et durant quelques kilomètres,  échangés nos sacs. L’ayant prévenu qu’il ne fallait pas trop charger les sacs, je ne voulais pas supporter le poids de son erreur…

 

Après Eaux-Bonnes, la pente devenait plus coriace et c’est avec difficulté que je parvenais à hisser ma carcasse. Je me rappelle encore du secteur à 13 % et de ce virage qui nous faisait passer d’une montagne à l’autre. Il ne pleuvait pas mais il faisait humide, il faisait froid et l’on ne voyait pas bien loin. C’est du côté de Gourette à 4 kilomètres du sommet, que je retrouvai un ciel bleu limpide et un soleil éclatant. Je venais en fait de passer au-dessus des nuages ! Ouaou ! J’en ai pris plein les yeux ! Au sommet, je déclenchai le chronomètre… Une quinzaine de minutes plus tard, mon père était là ! Fatigué, éreinté, le dos cassé mais je pense content d’avoir accroché le col de l’Aubisque à son tableau de chasse !

 

Exercice différent, la descente ! Là encore, mon père fut distancé, pas téméraire pour un sou. Moi, à cette époque, je n’avais peur de rien et je dévalais à grande vitesse. Je l’attendis en bas vers Arens et c’est à Argelès Gazost que nous nous arrêtâmes pour manger le midi. L’après-midi, nous partîmes en direction du col du Tourmalet via Perrefitte-Nestalas et une route en faux-plat magnifique qui zigzaguait au milieu des gorges. Arrivé à Luz St Sauveur, mon père ne fut pas très chaud pour remettre cela avec le Tourmalet. Aussi, nous nous arrêtâmes dans ce village après 68 kilomètres.

 

Mercredi matin, nous étions de nouveau sur les routes et comme la veille, on attaquait les choses sérieuses d’entrée. Le Tourmalet ! Le Tourmalet ! Quel lieu mythique ! Tourmalet signifie mauvais détour dans le patois local. Peut-être pour le commun des mortels mais pour les cyclistes, c’est un haut lieu de pèlerinage ! Par ce côté, le Tourmalet, c’est une ascension de 17 kilomètres à la pente régulière et dès les premiers hectomètres, je sentis que le sommet allait devoir se mériter.

 

Il faisait un temps magnifique et bien qu’étant à l’ouvrage, j’étais suffisamment lucide pour me rendre compte que les paysages étaient à couper le souffle ! Les pâturages étaient d’un vert éclatant, le ciel bleu azur et les parois rocheuses d’une force resplendissante ! A Barèges, je vis une fontaine sur la gauche. Ni une, ni deux, je mis la flèche et ce fut avec délectation que je sentis le liquide frais et revigorant couler dans ma gorge. Pas de temps à perdre cependant, il ne fallait pas que mon père me rattrape ! Je quittai donc Barèges et ses forts pourcentages avec l’empressement qu’il m’était encore possible d’avoir. Les deniers kilomètres en lacets, le ravin d’un côté, la roche de l’autre resteront à jamais graver dans ma mémoire ! Au Sommet, à 2115 mètres d’altitude, sous la stèle de Jacques Godet, Patron charismatique du Tour de France, je sortis de nouveau le chronomètre. Cette fois, le tarif fut de quarante minutes ! Le Tourmalet, ce n’est pas rien…

 

Une descente plus tard, nous nous arrêtâmes pour manger à Ste Marie de Campan, là où Eugène Christophe, premier porteur du maillot jaune, avait dû forger une fourche pour se dépanner en pleine étape pyrénéenne. Mon père avait de plus en plus mal au dos mais nous repartîmes quand même l’après-midi à l’assaut du col d’Aspin.

 

Par ce versant, le moins difficile, c’est un long faux-plat jusqu’à Payolle suivi de 5 kilomètres de montée plus franche mais rien d’insurmontable. Une ascension qui se fait vite et au terme de laquelle le retard de mon père n’excéda pas une dizaine de minutes. Il ne restait plus qu’à plonger vers Arreau pour terminer cette neuvième étape de 63 kilomètres.

 

A Arreau, petit village, coincé entre le col d’Aspin et le col de Peyresourde, nous allions y séjourner trois nuits et deux jours. Il ne pleuvait pas, c’est juste qu’il y avait les deux grosses étapes des Alpes du vrai Tour de France et mon père ne voulait pas louper cela… Sans doute était-ce également un heureux prétexte pour se reposer et tenter de souler un tant soit peu son dos endolori. Nous assistâmes donc au numéro de Chiappucci à Sestrières puis au naufrage de Bugno dans l’étape de l’Alpe d’Huez.

 

Samedi 20 juillet, nous reprenions le cours de notre Tour de France par l’ascension du col de Peyresourde. Les deux jours de repos m’avaient bien requinqué et c’est avec une belle efficacité que je parvins à me hisser au sommet après 10 km de montée. Quinze à vingt minutes plus tard, mon père me rejoignit, les traits tirés, et la sentence tomba : « On arrête ! »

 

Le ciel s’écroulait, la foudre s’abattait sur moi, un parfum d’apocalypse ! J’étais dans une forme éclatante et ma route devait s’arrêter là… enfin là-bas… après la descente, à Bagnères de Luchon. 34 kilomètres et puis s’en va… Je me souviens de la gare, de l’attente, sans un mot, enfin si, quelques dernières tentatives pour le convaincre de continuer mais en vain. Je me souviens de ce long voyage en train pour rentrer dans cette sinistre banlieue parisienne. Je me souviens de l’immense déception qui m’habitait alors.

 

Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ferais sans doute différemment, je l’aurais aidé davantage, j’aurais pris son sac plus d’une fois, je l’aurais poussé quand il l’aurait fallu mais comme dit la chanson quand on a juste dix-huit ans, on n’a pas le cœur assez grand pour y loger toutes ces choses-là…

 

Quelques années plus tard, il a été question que je reparte faire un Tour de France à vélo, cette fois avec deux copains mais hélas cela n’a pas pu se faire. Je ne désespère pas d’un jour pouvoir boucler ce Tour de France inachevé…

 

J'ai retrouvé une photo de mon père :

1992_velo_1

 



28/03/2020
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